Personnalités

Au cours de ses dix siècles d’existence, la petite ville d’Ardres peut s’enorgueillir d’avoir vu naître, ou hébergé un certain temps, un nombre estimable de personnages célèbres.
Peut-être inconnus au niveau national, mais illustres à l’échelle de la ville, parce qu’ils ont marqué son histoire. Découvrez chacun d’eux, en cliquant sur leur nom ci-dessous.

ARNOUL 1er d’Ardres dit « l’Avoué »
(1038 – † 1093 ?/1094)

Né en 1038, fils de Elbodon de Bergues (frère du châtelain de Bergues), et d’Adèle de Selnesse, dame d’Ardres, qui est la nièce de l’évêque de Thérouanne Frameric et possède de nombreux fiefs (Peuplingues, Guémy…), les églises de Bonningues et Zouafques, et quelques terres à Hondschoote. La résidence seigneuriale de Selnesse se trouve isolée entre bois et marais ; mais à quelques kilomètres, le village d’Ardres voit sa population augmenter peu à peu.

Du vivant de son père Elbodon, Arnoul, agile et vigoureux, passionné pour les joutes et les tournois, voyageait beaucoup et défiait en champ clos les plus renommés chevaliers ; il en acquit une grande réputation, et sa renommée s’étendait au loin pour l’art des armes et des tournois. De temps en temps, il revenait se reposer au château de ses parents à Selnesse.

Arnoul est appelé « l’Avoué » parce que les moines de Saint-Bertin l’avaient établi “avoué” (laïc protecteur et administrateur) pour leurs possessions dans le comté de Guînes.

Le comte de Boulogne Eustache II « aux Grenons » (soit « aux longues moustaches ») l’avait pris en affection : il l’institua Sénéchal du Boulonnais, justicier et bailly pour toutes ses terres. Arnoul s’acquittait si bien de cette tâche que le comte lui donna comme fief perpétuel les seigneuries d’Hénin-Liétard et l’Ecluse près de Douai : Arnoul reçut le serment de fidélité des seigneurs de ces pays, dont quelques habitants vinrent se fixer à Ardres.

Et le comte de Boulogne l’amena à épouser Mahaut de Marquise, fille du Sieur Gonfroi, décédé depuis peu. Arnoul disposa alors de tous les biens apportés par cette riche héritière. Et cette union fut bénie par la naissance de nombreux enfants (Voir NOTE).

Plein d’attention pour sa famille, Arnoul reporta ses soins sur sa ville d’Ardres. Dans les
années 1060, reprenant le dessein de son père Elbodon qui avait sur les lieux fait essarter un
bois d’aulnes, Arnoul fit capter et retenir les eaux des sources qui formaient comme un marais profond au pied de la petite colline d’Ardres ; il y établit deux écluses à cent pas l’une de l’autre, et entre elles, fit élever une motte solide dominée par un donjon de bois, dont la position et la hauteur constituaient un puissant ouvrage défensif. Une enceinte extérieure compléta l’ouvrage, dans laquelle fut inclus un moulin (autre lieu caractéristique du droit seigneurial). Après quoi Arnoul fit enlever une à une toutes les pierres de son château de Selnesse, pour les transférer vers la motte d’Ardres, et consolider les ponts, les portes et tous les ouvrages nécessaires à une place de guerre de cette époque.

Car à la mort de son père Elbodon, Arnoul ayant refusé de reconnaître pour son seigneur le comte de Guînes Baudouin, des combats s’ensuivirent où il fut dominé. Mais cette place d’Ardres qu’il considérait comme sienne, il l’obtint en fief “avec Foi & Hommage”, en faisant allégeance à Robert, comte de Flandres ; et il devint ainsi l’un des douze Pairs & barons de la Cour de Flandres.

Et en échange d’un plein boisseau d’argent, le comte de Guînes Baudouin 1er abandonna tous ses droits sur la terre d’Ardres, laquelle malgré sa petite étendue fut érigée en châtellenie libre et ville franche, avec l’institution de douze pairs ou barons. Et Arnoul fut connu partout sous le nom de Seigneur d’Ardres. Il abandonna définitivement son ancienne résidence : dès lors, il ne fut plus question de Selnesse, dont il ne reste aucune trace aujourd’hui.

Dans les années 1070, comme l’était déjà depuis quelques années le château castral lui même, la ville est entourée d’un fossé de défense. Arnoul 1er s’attache à rendre la ville prospère : il crée un marché qui se tiendra tous les jeudis. Il fait bâtir au milieu de la place du marché une grande église collégiale, dédiée à Notre-Dame et à Saint-Omer et confiée à un chapitre de chanoines ; il y a fait venir des reliques : une dent de Saint Omer, qu’il fait mettre dans une châsse d’or et de pierres, une croix offerte par l’abbé de Saint-Bertin avec des cheveux de la Vierge… Des échevins (spécialistes du droit commun) furent chargés de rendre la justice avec les pairs, selon les lois et ordonnances en vigueur à Saint-Omer ; et tout le peuple d’Ardres fit dans l’église paroissiale, sur les saints Évangiles, serment de fidélité à cette institution juridique.

Arnoul s’était remarié avec Clémence, veuve du comte de Saint-Pol Hugues le Vieil ; il devint tuteur de ses enfants en bas âge, avec le titre provisoire de comte, dont il exerça la fonction.

Au décès de Clémence, Arnoul 1er se retira à Ardres, où il finit ses jours en 1093 ou 1094.

NOTE.
L’ainé, appelé Arnoul comme son père, lui succédera, connu sous le nom d’Arnoul II « le Vieux » ; le second, Geoffroi, fut Sieur de Marquise comme son grand-père maternel. Arnoul et Geoffroi levèrent des hommes de guerre pour aller grossir la puissante armée normande de Guillaume le Conquérant, dont ils reçurent des fiefs en Angleterre. Les filles, Ermentrude, Heilewide, Jocaste, Emma, firent de beaux mariages.
Cependant Mahaut était morte en couches, à la naissance de leur dernier enfant.

Ci-dessous, une vidéo par drone présentant l’emplacement du donjon d’Arnoul premier.